Eduardo Calò

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Tout le monde affirme que la langue italienne et la langue française sont les mêmes, et qu’il n’y aura pas des problèmes pour un italien d’apprendre le français, et vice-versa. Rien de plus faux ! Naturellement, nous, les italiens, sommes avantagés comparé à un chinois ou à un arabe, parce que les deux langues sont néo-latines et il y a plusieurs ressemblances. Il y a beaucoup de constructions syntaxiques, d’expressions figées, et d’autres éléments linguistiques, qui n’ont aucun sens pour un locuteur dont la langue maternelle n’est pas néo-latine, mais qui sont naturels pour un italien, un espagnol ou un portugais.

Toutefois, pour atteindre un bon niveau linguistique, également pour un italien, il faut étudier, pratiquer, et… faire des erreurs. C’est la cinquième langue que j’apprends, et donc je sais très bien que la seule manière d’apprendre une langue est de faire des erreurs, d’essayer de parler et d’écrire dès que l’on a une même petite possibilité de communication avec les interlocuteurs. Et c’est que je fais avec le français aussi ! De plus, j’habite en France et je ressens la nécessité de devoir communiquer efficacement avec les natifs : je n’aime pas vivre dans une bulle !

La « route vers le bilinguisme » néanmoins, n’est pas toujours simple, parce que, comme en apprenant tout autre langue, le français aussi pose des difficultés. En particulier, car nous, les italiens, sommes influencés par notre langue maternelle, les choses les plus épineuses qu’un italien peut trouver (à lire : que j’ai trouvé ou trouve !) lorsqu’il apprend le français sont:

1. Certains aspects de la grammaire comme :

– la façon de construire la phrase interrogative avec « est-ce que… », ou avec l’inversion sujet-verbe ; en italien, il y a basiquement juste un changement en l’intonation de la phrase, sans addition ou modification du matériel syntaxique. Toutefois, cet aspect n’est pas très difficile, et après un peu de pratique, peut se maîtriser totalement.

– la phrase négative ; pour construire la phrase négative, en français, il faut utiliser une particule en plus comparé à l’italien : « pas » (Io non mangio vs. Je ne mange pas). Historiquement, le français était pareil que l’italien, de ce point de vue : il utilisait juste « ne ». Successivement, la particule postverbale « pas » a été ajoutée (il y avait originairement des références sémantiques avec « je ne marche pas », dont « pas » littéralement signifiait « pas, étape »). Maintenant, en français familier, il est même possible de laisser tomber totalement le « ne » (ce phénomène linguistique relatif à l’évolution de la négation s’appelle « Cycle de Jespersen »). Ensuite, il faut faire attention à utiliser proprement la négation, parce que si l’on oublie le « pas », et l’on utilise seulement le « ne », il semble qu’on parle le français ancien !

– bien que les temps et modes verbaux en italien et en français soient les mêmes, leur morphologie est évidemment différente. L’utilisation des temps verbaux plus compliqués, comme le subjonctif ou le conditionnel, est vraiment problématique, et il faut un bon niveau de langue (surtout à l’oral) pour les utiliser correctement.

2. La phonétique est un drame ! Il y a des sons bizarres qui ne sont pas présents en italien (par exemple, le R français et les voyelles nasales), et la prononciation de certains mots est vraiment particulière (« serrurerie », « grenouille », « yeux », « quincaillerie ») !

3. L’orthographe, strictement connecté à la phonétique : encore plus dramatique ! Si en italien chaque son correspond à une lettre, ou presque, en français, en revanche, cet aspect est fou. Il suffit de penser à « heureuse » ou « beaucoup » qui comporte plusieurs lettres muettes, ou à « houx » (4 lettres, mais juste une voyelle) ! Et que dire à propos de la prononciation différente de certaines lettres selon le contexte ? Un exemple emblématique est celui du mot « plus » : quand est-ce qu’il se prononce plus (avec S), plus (sans S), ou plus (avec Z, en faisant la liaison) ? C’est 2 plus 2 (avec S), mais je n’aime plus le café (sans S), et je suis plus fort que toi (sans S), mais je suis plus intelligent que toi (liaison, Z) ! De plus (sans jeu de mots), si j’écoute un mot, il n’y a pas moyen de savoir comment il s’écrit ! Il pourrait l’être de 15 façons différentes ! Et les accents, ah, à droite, à gauche, circonflexe, tréma, aidez-moi .

4. Le lexique : dans ce secteur aussi il y a des problématiques. On ne le nie pas, les similarités du vocabulaire entre ces deux langues sont nombreuses, et la plupart du temps, tenter d’utiliser un mot parce que « peut-être que c’est le même qu’en italien » marche, et comment ! Mais ce n’est pas toujours le cas, malheureusement. Certaines fois essayer « un mot italien » ne marche pas, et le résultat est celui de dire un mot qui n’existe pas en français ou, encore pire, il existe, mais a une signification différente ; les soi-disant faux-amis : faire des boulettes est assuré ! Voici un exemple triple des faux-amis entre trois langues néo-latines avec le mot salir :

FrançaisItalienEspagnol
salirsporcareensuciar
montersaliresubir
sortirusciresalir

En plus, je pense que les français sont tous excellents en mathématique : pourquoi après le 69, ils comptent en façon totalement différente ? Compter normalement n’allait pas bien ? Il y a 8 mois, quand j’ai commencé apprendre le français, j’ai dû réviser le livre de mathématiques du lycée !

Blague à part, si une personne (italiens inclus !) veut vraiment atteindre un bon niveau et parler de façon fluide le français, il faut connaître et maîtriser toutes les règles susmentionnées. Naturellement, ce n’est pas un processus rapide ou facile, ça prend du temps, mais nous, les italiens, pouvons apprendre cette langue plus rapidement que les autres qui ont une langue maternelle très distante de la nôtre.

Plus encore, en général (ce n’est pas limité seulement au français), il n’y a pas juste les difficultés linguistiques qui influencent l’apprentissage, mais aussi d’autres facteurs internes et externes, comme : la force de volonté, les stimuli, la motivation, la persistance, la personnalité, le lieu et la façon d’apprentissage. Clairement, tout le monde n’apprend pas à la même vitesse, mais si la force de volonté est bonne, les stimuli et la motivation suffisants, et s’il y a la persistance d’atteindre un résultat positif, la langue s’apprendra plus vite.

L’étudiant peut être stimulé par plusieurs facteurs, comme par exemple, l’amour pour la communauté des locuteurs et pour la langue, la volonté d’être intégré dans le lieu dont il habite, la satisfaction personnelle, ou simplement s’il veut avoir une bonne note au prochain examen, ou atteindre un travail meilleur. Dans tous les cas, il étudiera la langue avec plus de passion et les résultats seront meilleurs dans un temps plus bref.

De la même manière, le lieu et la façon d’apprentissage sont également importants : si la langue est apprise sur place (vs. à l’étranger) et avec un professeur (vs. autodidacte), la vitesse d’apprentissage sera supérieure, parce qu’il y aura une personne qui peut corriger immédiatement les erreurs, et en plus, les possibilités de pratiquer la langue seront plus nombreuses. En cet aspect, la personnalité aussi joue un rôle fondamental : si l’élève est plus extraverti, et si cela ne le dérange pas de faire des erreurs en face des autres personnes, il obtiendra meilleurs résultats, parce que seul l’entraînement mène à la perfection !

écrit par Eduardo Calò

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