Erasmus , la naissance d’un rêve

Trente ans après la naissance d’Erasmus, voilà comment tout a commencé…

Pour la majorité de l’opinion publique européenne, le 15 juin 1987 représente un jour ordinaire. En réalité, il s’agit d’une date qui marque un succès, une histoire de partage, d’échange culturel et de croissance pour tous les étudiants européens et extra-européens. On célèbre, donc, la ratification du Concile Européen des Ministres qui a établi le programme Erasmus.

Tout au long de son histoire, le projet Erasmus poursuit une difficile et longue route se croisant avec les destins de personnes de valeur. A l’occasion de son anniversaire, j’aimerais bien décrire l’histoire de Sofia Corradi, de Domenico Lenarduzzi et de Franck Biancheri, trois intellectuels européens qui ont eu un rôle fondamental dans la création du programme Erasmus. Je tiens à préciser que je nourris une profonde reconnaissance et admiration pour ces personnes-là car ils ont travaillé et lutté ensemble pour un objectif commun, le plus grand jamais atteint pour le processus d’intégration européenne.

Sofia Corradi est née à Rome en 1934. Elle a fait des études en Droit auprès de Sapienza, Università di Roma. Puis, en 1957, elle participe à un programme d’échange auprès de la Columbia University à New York City. Au cours de son séjour aux Etats-Unis, elle obtient le diplôme du troisième cycle en législation universitaire comparée. A l’époque, les programmes d’échange étaient rares et difficiles : la chose la plus difficile à faire concernait la validation de tous les résultats obtenus. Une fois rentrée en Italie, Sofia Corradi a dû faire face à la bureaucratie italienne car son diplôme n’était pas bien accepté. C’est pourquoi elle a dû finir ses études à Rome.

Dès ce moment que l’idée du programme Erasmus fait son apparition.

Domenico Lenarduzzi est né à Turin en 1936. Après la guerre, il a déménagé en Belgique, précisément à Charleroi avec sa famille où son père travaillait dans les mines, comme de nombreux Italiens. Il obtient son diplôme auprès de l’Université Catholique de Louvain en 1959. Dans les années qui suivent, il s’engage dans les Institutions européennes : c’est juste le début d’une longue carrière, laquelle s’achève auprès de la Direction de l’Emploi, des Affaires Sociales et de l’Inclusion. Aujourd’hui, il est le Directeur Honoraire de la Commission Européenne.

Franck Biancheri est né à Nice en 1961. Au cours de ses études, il a fondé, en collaboration avec ses collègues, l’AEGEE[1] – Association des Etats Généraux des Etudiants de l’Europe. Cet acronyme rappelle la mer Egée et l’Antiquité grecque, berceau de la démocratie. En réalité, le nom vient de la Révolution Française et des Etats Généraux. Cette association d’étudiants, encore vivant, promeut l’unité européenne et l’intégration dans les domaines académiques. De plus, elle joue un rôle-clé dans la planification et la mise en place des programmes d’éducation et de formation communautaires. Après la chute du mur de Berlin, l’AEGEE est une des premières associations présentes dans l’Europe de l’est.

Corradi, Lenarduzzi et Biancheri sont trois personnes qui ont vécu en Belgique, en Italie et en France. Malgré la distance, leurs destins se sont croisés car ils partageaient une propension très marquée envers le Monde et l’Europe, tous unis par des idées qui ont fait et qui feront l’histoire.

En 1957 les Traités de Rome marqueront la naissance de la Communauté Européenne, où le sujet de l’instruction n’aura pas de place parmi toutes les interventions communautaires, tandis que la formation professionnelle exercera un rôle fondamental. On doit attendre le Traité de Maastricht, en 1992, pour que l’instruction ait une reconnaissance très méritée.

En 1959, Sofia Corradi mène des recherches sur le droit d’étude aux Nations Unis et ensuite, elle devient conseillère de la Conférence des Recteurs de toutes les Universités italiennes. Dans ce rôle, Madame Corradi commence à promouvoir ses idées prenant comme exemple les difficultés rencontrées pendant ses études, dans le but de donner aux jeunes des générations futures une mobilité plus simple, plus développée et pas chère. Son travail est long et demande un grand dévouement. C’est dans un climat marqué par l’instabilité, le changement et les manifestations d’étudiants qu’a lieu la conférence des recteurs, à Genève, en 1969. Alessandro Faedo, recteur de l’Università di Pisa s’adressant à toute l’assemblée, discute d’une note écrite par Sofia Corradi employant la célèbre machine à écrire dont le nom est Olivetti Lettera 22.

“Un étudiant peut demander le déroulement d’une partie de son plan d’étude auprès d’une Université étrangère, bien que sa famille ne réside pas à l’étranger, et après d’avoir eu le consensus du Conseil de Faculté […]”

Le thème de la coopération et de la coordination parmi les universités devient un des sujets les plus souvent abordés dans les débats concernant la programmation politique et stratégique produisant beaucoup de discussions dans le Parlement européen. Étape fondamentale sera le Joint Study Program[2] introduit par la Commission Européenne en 1976, les premiers programmes européens de coopération et de développement de cours de formation et d’instruction. Dès le début[3], les pays qui adhèrent à ces programmes sont la Belgique, le Danemark, la France, l’Italie, les Pays -Bas, le Luxembourg, l’Irlande et le Royaume-Uni ; puis la Grèce en 1980, l’Espagne et le Portugal en 1986. Le projet est ambitieux, mais les pays montrent encore quelque réticence à approfondir le discours en ajoutant des programmes d’échange institutionnels et ouverts pour tous les étudiants qui font partie des pays membres.

A l’époque, Lenarduzzi était employé de la Direction Générale de l’Emploi et des Affaires Sociales et, en même temps, il s’occupait de la formation et de l’instruction. Il épouse et promeut les idées de Sofia Corradi et d’autres intellectuels de son temps, soulignant aussi bien la nécessité de se battre pour un programme d’instruction supérieur européen complexe et synergique que prévoyant la nécessité de fonds européens comme outil de soutien pour les étudiants participants. La disponibilité insuffisante et la rigidité à agir parallèlement concernant certains pays membres ont été les obstacles principaux pour l’intégration et l’enrichissement du Joint Study Program, à cause de la présence d’accords entre les pays. En 1987, la médiation de Lenarduzzi et AEGEE gagne. Mitterrand, qui était le Président de la République Française dans ces années, décide de parler, par la suite, des programmes de formation universitaire au niveau communautaire. La demande fut bien acceptée par la Commission Européenne le 14 juin 1987.

Le programme Erasmus – European Region Action Scheme for the Mobility of University Students – naît le 15 juin 1987, prenant le nom du célèbre humaniste du XVI siècle Erasme de Rotterdam.

La confirmation est arrivée juste après une démarche très compliquée, où tous les Etats ont dû abandonner leur scepticisme et leurs positions nationalistes pour se projeter vers le futur en contribuant, en même temps, à une initiative européenne très fructueuse.  L’Erasmus fait naître un sentiment d’appartenance à quelque chose de plus grand qu’un pays. Il pousse au-delà des frontières pour avoir une vision complète de la réalité : connaître aussi bien de nouvelles personnes d’autres pays que des cultures et langues différentes et faire naître de nouvelles amitiés avec de personnes venues de pays différents. Tout cela donne aux étudiants l’opportunité de grandir et d’enrichir leur bagage d’expériences et de connaissances. Dès son entrée en vigueur, environ 3 millions d’étudiants ont participé au programme Erasmus. Cependant, au vu du climat d’euroscepticisme, du retour vers les nationalismes et la défense de frontières qui flotte depuis ces dernières années, l’Erasmus doit être aussi bien un point de repère solide, une lumière pour protéger les droits de toutes les citoyennes européennes que un pont vers le futur qui promeut l’intégration et le partage, dont  les  résultats  ne regardent pas au passé.

L’Erasmus est toujours une source d’inspiration pour tous ses participants : il y a beaucoup d’exemples d’étudiants qui ont fondé, après une expérience Erasmus, de nouveaux réseaux, des entreprises, des journaux ou des revues comme CaféBabel[4] : il s’agit de networks européens et internationaux qui ont pour but de faire interagir toutes les personnes du monde sans aucune distinction religieuse, culturelle, sociale ou raciale.

 Jeune Europe[5] s’insère dans cette période d’incertitude comme une idée nouvelle pour partager des opinions, sentiments, connaissances, théories, points de vue parmi des personnes de toute l’Europe. Jeune Europe essaye de donner une suite au parcours commencé par des grands intellectuels comme Altiero Spinelli[6] et Sofia Corradi.

Michele Corio

traduit par Alessandra Gigliotti

[1] https://www.aegee.org/

[2] https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/IP_87_78

[3] https://www2.crui.it/crui/inaugurazione_bruxelles/Joint%20Degrees.pdf

[4] https://cafebabel.com/en/

[5] https://www.jeuneurope.com/manifesto-it/

[6] https://en.wikipedia.org/wiki/Altiero_Spinelli

Madame Europe: Europe seen through her sons’ eyes

My name is Martina and I am one of Europe’s daughters.

My mother was born not so many years ago, even though her name – linked to Greek mythology – is way older. She arrived in this world silently, tiptoeing, walking as a cat does, The importance of her is not understood by everybody yet, unluckily.

Europe is a beautiful woman wearing a blue dress that falls on her body like a simple, long and comfortable garment. My mother is strong, resolute, determined although young; when walking, with her light and nude feet, she moves forward with the elegance of the princess she is named after. My mother is among the most powerful and gracious peace beings on earth.

Europe is born just like a phoenix: from the ashes of devastation and misery. From the hunger for peace and thirst for much-needed stability: when she was born she was so shy, with an insecure gaze to the rest of the world, with everybody looking at this fragile creation with such a noble name. Just a dozen were the countries believing in her, but it was on that sweet being that they had put their highest hope, they had understood the importance of getting together in a single team, to get the role of a great power that was growing to take the main stage in this world.

They forged Europe there, where everything had started: in Rome, the cradle of the most magnificent endeavour of humankind, the city that cuddled like in mother’s arms the greatest expression of civilization; there, where everything had begun many centuries before, my mother saw the light.

Europe became a woman just before my birth, only a couple of years earlier. Maybe no one was expecting her to become so gorgeous, powerful, necessary.

My mother’s hair is red, a vivid vermilion that looks like pulsing of its own life, and this is because she has the duty of reminding her children of the human sacrifices that led to her birth, in order for them not to repeat the same terrible mistakes occurred in the past.

Europe is one of the youngest creatures on earth, still, the most ancient history lives in her. Europe is made of many different cultures, she is nurtured with different traditions and she speaks many languages: her children study these languages as they are free to travel, to see other countries, to know each other and the way other people live. Europe allows me to call these people “brothers” and “sisters”.

Europe is a land with no borders, a mother that gives the chance of living together with people coming from different places, reducing distances, both material and figurative ones: something that once was just unthinkable. Still, often we forget how my mother allowed to tear down these walls by allowing people to easily travel to other countries with one single currency and just a document in the pocket. Maybe many find it hard to acknowledge the importance of the demolition of these barriers as they were intangible constraints, they were not physical constructions and, therefore, their destruction does not look like such a great success.

Europe is invisible, she is not the kind of mother you can easily look at, touch, hug; however, to me, to live in a world where she is not existing looks impossible. For me, Europe means to have brothers and sisters that come from France, Spain, Portugal, Germany, Denmark, Austria, Greece and many other places and to feel proud and connected with each of them. The same concept of “foreigner”- something that scares many people like the spirit of a ghost – gets nullified, and this is because the concept of living, sharing and knowing a determined space has a greater value today.

Europe means to give and to receive by constantly changing point of view. Today we have the privilege of having a chance. The chance of fully understanding the reality of places, people and cultures that can physically be far from where we are. Moreover, at the same time, we can share with these people our own origins, enriching in this way the collective cultural baggage.

Europe has many aspects, it is the ensemble of sounds and accents of her many different languages, it is the sum of cultures and traditions that are so different one another, even though we already know how to bring them closer to us: seeing and understanding the beauty, connect with it and never let it go. To feel like at home after taking a flight, a train or a ship is a pleasure that was given to us, without getting asked anything back for it.

In this time of severe global, economic and health crisis, some people are not trusting in Europe, they look at it with suspicion in their eyes, as if she was the one to be found guilty of the problems and not the one to provide solutions. And this deeply saddens me. If I think of my experiences, of my studies in France where I fell in love with such an elegant and charming language, with its writers, its cities, its history. And this changed me.

When I think of the cities I had the luck of visiting, the good smell of the air I breathe every time I get off the train or I touch the ground after a flight when I am on the French side of the Alps, the pleasure of listening to that language, I feel more and more it is a matter of love, of passion. Yes, this feeling is something that should be felt by many more people who, instead, criticize a Europe we all are part of, jeopardizing so foolishly the relationships, the brotherhood, the stability that struggled so much to born and grow.

Having the chance of studying abroad allowed me to know other people from all over the world, to speak more languages on the same night and this, believe me, it is a richness that one should exploit as much as possible. Erasmus programs are very popular among university students and the number of double-degree courses should also increase so to give students the chance of living in more contexts and to prepare workers that will be able to spend their academic titles in different countries.

Martina Bellotto

A benefit of EU : Erasmus+

With the European elections taking place this week, and the ideas of Euroscepticism looming amongst EU member countries in the polls, there exists a definite requirement in analysing the true benefits the European Union provides its citizens. Given that there a numerous advantages in being an EU citizen, this article shall specifically analyse the Erasmus+ exchange scheme the Union provides, in order to obtain a more profound understanding of the resources which are available at our disposal through being a member of this Union.

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A dream of unity

The European Union is the largest peace project in history. As such it must be understood, defended, strengthened and undoubtedly improved. Talking to someone who has lived through the war is all it takes to understand that peace cannot be taken for granted, not even in the twenty-first century. History teaches us that we Europeans have been one of the most stubborn and abusive people on the face of the earth. Probably, considering a war in Europe today as unlikely to result almost ridiculous, is already the greatest victory of the European Union.
Free movement, pic by Hungary Today

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Erasmus: the birth of a dream

 
Thirty years after the birth, here is how everything began…

 

15th June 1987 is a normal day for most part of European people, actually it is an historical date in which a success story of sharing, cultural exchange and growth for European and international students has become reality. It marks the day of Erasmus birth, the anniversary of the ratification of the European Council of Ministers established the Erasmus programme (87/327 EEC).

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The unbearable lightness of Erasmus

Is the Erasmus light or heavy?

v “Over the town,” Marc Chagall, Tretyakov Gallery, Moscow

The title of this brief piece that I am about to write is inspired by the masterpiece of Milan Kundera the unbearable lightness of being. The Czech writer, taking back Parmenide’s reflections, reasons on the meaning of the dichotomic poles of heaviness and lightness, providing the keys for reading it: both to historical-philosophical level and lowering the abstractness of the two terms in a magnificent love story. Here, as soon as I think about the period that I am living in this small college town in the North of Europe, it is impossible for me not to think of this question: is Erasmus light or heavy?

First of all, Erasmus is a ‘heavy’ experience. It is primary heavy for you are leaving your certainties and your loved ones. Your usual daily routine is nullified, your acquaintances change completely, your alimentary habits are revolutionised. Even the way in which you view the global map changes because it makes you see the world and your country in a completely different manner. However, the ‘heavy’ aspect of this Erasmus experience overall relates to the changes in habits and in the human body maturation due to these worthwhile experiences. Changing your paths, meeting people that speaks languages different from yours, smiling and noticing how that smile has different values for different people, Erasmus leads you in a constant challenge that leads you to grow. For better or worse, what characterises our body as material, is heaviness. We have somehow to take care of it is the starting point from which we can cultivate and make our reflections grow, through them we can look for a sense.

On the other hand, Erasmus is also lightness. The thoughtlessness with which we write the name of our destination, without caring, it is just one place or another. A word, a name, a city that can represent opportunities, dreams and relationships one completely different from the others. The lightness with which, teenagers for a second time, we look at the stimulating afternoon lessons and we get blinded by the lights of the night. The heaviness, the material part of being, makes born and grow the lightness, the critical and free from the constraints of materiality thought, the supreme expression of human perfection. Therefore, as Kundera speaks of the drama of central Europe and of its lost cultural identity, with this light project we rather lean out in a complicated thematic. We lean out there in a European scenery that gets more and more lacerated by the disenchantment, by ethnic conflicts and youth unemployment.

The Erasmus, in the lightness of its idea, is the project that has engraved more concretely on the life of millions of individuals. It does not aim to make you become Europeanist or paladin of who-knows-which political party, but just to experiment the endless value of freedom and the knowledge of the other. It teaches you to remain yourself, but lightly, in the way of living, in the awareness of the differences between people: differences that we must recognize, for only through the knowledge of the different one we can recognize him, respect him and not to be afraid of him.

Erasmus is not a tool for pointing a direction, is the manual that gives you the means for building social life, our civic growth. For no coincidence, these people with different ideas, languages and nationalities have met and they feel now pushed to share ideas and experiences with the common aim of an only system of values in the respect of the plurality of positions and solutions.

The heroism of originality

I am walking through the beautiful city of Utrecht. The sky is pierced by occasional sun-rays and the city seems to be magical. The traffic-light is red. I stop and

Once again, lightness plays a key role in the randomness of our meeting: the resulting heaviness triggers the channel of this common sharing space. What unites the two terms is not the assignment of a value, but the perceiving of the deepest meaning and the gathering of the enormous wealth that an experience of this kind can transmit. Erasmus, as metaphor of losing ourselves for then find us again renewed, perfectly reflects the perfection, the wealth that this dichotomy has given not only to the literature but to the humankind too.

The heaviness of the experience, the lightness of the thought.

Or, maybe, the lightness of the experience and the heaviness of the thought?

Good question…

In the end, neither Kundera succeeds in explaining us whether life is lighter or heavier, also for being caught up in the doubt if the love among the human beings is light for the feeling or heavy for its concreteness.

When you will be intent to study head down in view of an examination in a different language from yours, when you will not understand a single word of what the cashier of the supermarket tells you or when you will wait for the person that you love standing under the rain, just smile.

Smile in any case.

You are dancing the one-time waltz of life.

Alessio Vagaggini

References

The unaberable leightness of being, M. Kundera, Adelphi editions, 1982

The tragedy of central Europe, M. Kundera, The New York Review of Books, 1986

Sunrise shakes

 

 

Sunrise shakes

These few lines are the beginning of a new experience, born to share ideas, sensations, feelings and knowledge, with the eyes focused on the whole world.

<< Everything has already begun before, the first line of the first page of every tale refers to something already happened out of the book >>.
Italo Calvino

Sunrise leads to a new world or another perspective, everything beginning from myself.

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L’insoutenable légèreté de l’Erasmus

L’Erasmus est-il une expérience légère, ou au contraire pesante ?

"Au-dessus de la ville”, Marc Chagall, Tretyakov Gallery, Moscow

Le titre des quelques réflexions que je suis sur le point d’écrire est volontairement inspiré du chef-d’œuvre de Milan Kundera, L’Insoutenable Légèreté de l’être. L’écrivain tchèque, reprenant les réflexions du philosophe antique Parménide, médite sur la signification de ces pôles opposés que sont la pesanteur et la légèreté. Il fournit ainsi au lecteur les clés d’une double lecture, qui se fait à la fois dans un contexte historico-philosophique et au travers d’une magnifique histoire d’amour qui permet d’atténuer le caractère abstrait de ces deux termes – pesanteur et légèreté. Et voilà donc qu’à chaque fois que je pense à cette période que je suis en train de vivre, dans cette petite ville du nord de l’Europe, je ne peux m’empêcher de me poser toujours la même question : l’Erasmus est-il léger ou pesant ?

L’Erasmus est avant toute chose une expérience pesante. Est pesante en premier lieu l’idée de sortir de sa propre zone de confort et de s’éloigner de ses proches. La routine est réinitialisée, les amitiés sont chamboulées, et les régimes alimentaires réinventés. La façon même avec laquelle nous regardons les cartes géographiques change : l’Erasmus nous fait voir le monde et notre propre pays sous un tout nouvel angle. Mais la pesanteur tient surtout au changement de nos habitudes et à la maturation de notre corps dus à cette expérience inédite. Changer de chemin, fréquenter des personnes qui s’expriment dans des langues différentes de la nôtre, sourire et voir comment ce simple sourire peut avoir des significations et des valeurs différentes selon les peuples… L’Erasmus est un défi constant qui fait grandir et s’ouvrir aux autres. Que ce soit bien ou mal, c’est bel et bien cette pesanteur qui caractérise la matérialité de notre corps. C’est cette base, ce corps, que nous devons soigner, puisque c’est sur celui-ci que nous pouvons cultiver nos propres réflexions et, à travers elles, chercher un sens.

Toutefois, si l’on y regarde de plus près, l’Erasmus est aussi légèreté. La désinvolture avec laquelle nous écrivons le nom d’une destination plutôt que celui d’une autre… Un mot, un nom, une ville qui peuvent signifier tant de choses différentes : des opportunités, des rêves, des relations complètement différentes les unes des autres. La légèreté avec laquelle, adolescents pour une seconde fois, nous appréhendons les leçons stimulantes de l’après-midi, alors que le soleil est encore haut dans le ciel ; tandis que nous nous retrouvons aveuglés par les lumières de la nuit tombée, est à la fois accueillante et irrationnelle.

La pesanteur, cette partie concrète de l’être, fait mûrir la légèreté, la pensée critique et libre de contraintes, l’expression suprême de la perfection humaine.

C’est ainsi que, tout comme la façon dont Kundera parle du drame de l’Europe centrale et de la perte de son identité culturelle, nous faisons face, pris dans ce projet pourtant si léger, à une situation pour le moins problématique. Nous sommes plongés au cœur d’un scénario européen lacéré par le désenchantement, par de nouveaux conflits de classe et d’ethnie, et par le chômage des jeunes.

L’Erasmus, par la légèreté de son idée, est le projet qui a le plus concrètement affecté la vie de millions d’individus. L’Erasmus n’a pas pour but de faire de nous des pro-européens ou des paladins de je ne sais que parti politique. Il ne vise qu’à nous donner l’opportunité de faire l’expérience de la valeur infinie de la liberté et de la connaissance de l’autre. Il nous apprend à rester fidèle à soi-même, tout en vivant, tout légers que nous sommes, dans la conscience de la diversité à laquelle nous devons nous confronter, puisque c’est seulement en connaissant celui qui est différent de nous que nous pouvons le respecter et ainsi grandir ensemble. L’Erasmus n’est pas un outil qui pointe du doigt la direction à suivre, c’est plutôt une sorte de manuel, de boîte à outils qui fournit les instruments de base sur lesquels construire notre vie sociale et notre maturité civique. Ce n’est pas par hasard si cette expérience nous a mis sur le chemin de ces personnes aux idées, langages et nationalités si différentes. Des personnes qui partagent ce projet de construction d’un système de valeurs commun, envisagé dans le strict respect de la pluralité des opinions.  

Encore une fois, la légèreté joue un rôle-clé dans la causalité de nos rencontres : la pesanteur qui en découle active le chaînage de cet espace commun de partage. Ce qui unit ces deux termes n’est donc pas l’assignement d’une valeur qui se mesure, sur une échelle allant de l’un à l’autre, mais plutôt la perception d’une signification profonde, la possibilité de récolter de chaque expérience de ce type une richesse inestimable. L’Erasmus comme la métaphore du « se perdre pour mieux se retrouver ensuite », est une expérience qui reflète à la perfection la richesse que cette dichotomie (pesanteur-légèreté) a transmis à la littérature mais aussi à l’être humain lui-même.

La pesanteur de l’expérience, la légèreté de la pensée.

Ou peut-être la légèreté de l’expérience et la pesanteur de la pensée ?

Bonne question…

Au final, Kundera lui-même n’est pas parvenu à trancher, à déterminer si la vie était plutôt légère ou pesante, perdu aussi comme il l’était dans un autre doute : celui de savoir si l’amour entre êtres humains était plutôt léger (dans le sentiment) ou pesant (dans sa tangibilité).

Alors, quand vous aurez l’intention d’étudier corps et âme en vue d’un examen dans une langue étrangère, ou quand vous ne comprendrez pas ce que vous dira le caissier du supermarché, ou quand vous attendrez la personne aimée sous la pluie, souriez.

Souriez dans tous les cas.

Vous êtes en train de danser la valse exceptionnelle de la vie.

Alessio Vagaggini

References

The unaberable leightness of being, M. Kundera, Adelphi editions, 1982

The tragedy of central Europe, M. Kundera, The New York Review of Books, 1986

Madame Europa: l’Europa vista dai suoi figli

Mi chiamo Martina e sono figlia di Europa.

Mia madre è nata non molti anni fa, anche se il suo nome, legato alla mitologia greca, è molto più antico; è arrivata in silenzio, con il passo felpato di un gatto, e la sua importanza non è ancora compresa da molti, purtroppo.

Europa è una donna bellissima, vestita con un abito di colore blu, che le cade sul corpo come una lunga veste, ampia e semplice. Mia madre è una donna forte, risoluta, determinata, anche se giovane: quando cammina, con i piedi nudi e leggeri, avanza con l’eleganza della principessa da cui prende il nome. Mia madre è tra le creature di pace più belle e potenti che esistano.

Europa è nata proprio come nasce una fenice: dalle ceneri di distruzione, miseria, fame di pace e di sete di un equilibrio che doveva finalmente avverarsi; è nata timida, con uno sguardo incerto sul mondo, osservata da tutti con stupore con un nome così nobile. In appena dodici stati credevano in lei, ma in quella dolce creatura avevano riposto le loro più alte speranze: tutti insieme capirono l’importanza di unirsi in un’unica squadra, di presentarsi al mondo intero come una grande forza che si stava ancora plasmando.

L’avevano forgiata là, dove tutto ebbe inizio: Roma, culla della più magnifica opera dell’uomo, città che accolse in un abbraccio materno la più grande forma di civiltà; là, dove tutto era cominciato secoli e secoli prima, aprì i suoi occhi mia madre.

Europa è diventata donna poco prima che io nascessi, appena due anni prima. Forse nessuno si aspettava che potesse diventare tanto bella, potente, necessaria.

I capelli di mia madre sono rossi, di un vermiglio vivo, che sembra pulsare di vita, poiché deve sempre ricordare ai suoi figli i sacrifici umani che hanno portato alla sua nascita, affinché non si ripetano mai certi orrori.

Europa è una tra le creature più giovani del nostro pianeta, ma in lei convive la storia più antica. Europa vive di varie culture, si nutre di culture diverse e parla tantissime idiomi: i suoi figli, come me, studiano le sue lingue, sono liberi di viaggiare, di vedere altri stati, di conoscere altri ragazzi e le loro realtà. Europa mi permette di chiamare “fratelli” queste persone.

Europa è una terra senza frontiere, è una madre che permette di avere accanto persone che provengono da altri stati, demolendo distanze, sia materiali sia simboliche, che un tempo sarebbe stato difficile raggiungere. Spesso, purtroppo, ci si dimentica di come, mia madre, abbia permesso di demolire questi muri, perché, per me e per i miei coetanei, è possibile viaggiare facilmente tra gli stati europei, con un’unica moneta, con un unico documento. Forse, molte persone non riconoscono l’importanza dell’abbattimento di queste barriere perché si trattava di ostacoli immateriali, non tangibili come una costruzione artificiale vera e propria e, di conseguenza, non considerati come una conquista così importante.

Europa è invisibile, non è una madre che possiamo fisicamente osservare, toccare, abbracciare; tuttavia, per me, è impossibile vivere in un mondo dove lei non esiste. Per me, Europa significa avere dei fratelli francesi, spagnoli, portoghesi, tedeschi, danesi, austriaci, greci e tanti altri ancora, e sentirmi fiera e orgogliosa di ognuno di loro. Il concetto di straniero, che oggi tormenta molti cittadini come lo spirito di un fantasma, viene quasi azzerato, perché la concezione di abitare, condividere e conoscere uno stesso grande spazio ha un valore più alto.

Europa significa dare e ricevere, cambiando continuamente prospettiva. Oggi abbiamo il privilegio di poter comprendere a pieno le realtà di posti, persone e culture che potrebbero essere lontani, condividendo, allo stesso tempo, quella che è la nostra origine, andando ad arricchire la prospettiva di altre persone.

Europa ha mille sfaccettature, è l’insieme dei suoni e degli accenti di molte lingue diverse, è la somma di culture e tradizioni così differenti tra loro, seppure in uno spazio che ormai ci è noto: vedere e capire la bellezza, farla propria, per non abbandonarla mai. Sentirsi a casa propria dopo aver preso un aereo, un treno o una nave è un piacere che ci è stato concesso, senza pretendere nulla in cambio.

In questo periodo di grave crisi mondiale, sanitaria ed economica, alcune persone non si fidano di Europa, la guardano con sospetto, come se si dovesse cercare in lei un colpevole non la soluzione dei problemi. Mi rattrista, profondamente. E penso al mio vissuto, agli studi in una Francia che mi ha fatto innamorare della sua lingua elegante e raffinata, dei suoi scrittori, delle sue città, della sua storia. E questo mi ha cambiata

Quando penso alle città che ho avuto la fortuna di visitare, al profumo dell’aria che respiro ogni volta che scendo dal treno o dall’aereo appena arrivo al di là delle Alpi, il piacere di ascoltare quella lingua, capisco sempre di più che è una questione di cuore, di passione. E sì, questo sentimento dovrebbe essere provato da molte più persone che, invece, criticano l’Europa, di cui tutti facciamo parte, mettendo a rischio così facilmente e superficialmente quei rapporti, quegli equilibri, quella fratellanza, che hanno faticato a nascere.

La possibilità di un periodo di studio all’estero mi ha dato la possibilità di conoscere altri ragazzi, provenienti da tutto il mondo, parlare più lingue in una sola serata e queste, credetemi, sono ricchezze che dovrebbero essere ampliate, moltissimo. Nelle università, i vari programmi Erasmus sono molto sfruttati dagli studenti; dovrebbero aumentare sempre di più anche i corsi di Laurea a doppio titolo, proprio per fornire agli studenti la possibilità di vivere due, o più, realtà, preparando dei lavoratori che abbiano la possibilità di spendere il proprio titolo e le proprie esperienze in paesi diversi.

Europa non significa denigrare la propria origine, non cogliendo le ricchezze che già offre il proprio paese; ma è, invece, avere tanti più opportunità vicine a noi. Una possibilità di condivisione così piena e allo stesso così semplice, ci dovrebbe fare capire che Europa è la madre della quale non possiamo proprio fare a meno.

Martina Bellotto

Madame Europe: l’Europe vue par ses fils

Je m’appelle Martina et je suis fille d’Europe.

Ma mère est née il n’y a pas très longtemps, bien que son prénom, inspiré de la mythologie grecque, soit bien plus ancien. Elle est arrivée silencieusement, avançant à pas de loup, discrètement ; et malheureusement son importance n’est pas encore comprise par tous.

Europe est une très belle femme, habillée d’une robe bleue, qui tombe sur son corps comme une longue veste, simple et ample. Ma mère est une femme forte, résolue, déterminée, malgré son jeune âge: avec ses pieds nus et légers, quand elle marche elle ressemble à la princesse qui a lui donné son prénom. Ma mère est une des plus belles créatures de paix qui existent.

Europe est née tout comme naît un phœnix : elle est née des cendres de la dévastation, de la misère, de la faim de paix et de la soif d’équilibre qui devait finalement arriver ; elle est née timide, avec un regard hésitant sur le monde, observée par tous et avec étonnement ; elle est née avec un nom très noble. Alors, à peine douze Etats croyaient en elle, et ont placé tous leurs espoirs en cette douce créature : ils avaient déjà confiance en Europe. Ensemble, ils ont compris l’importance de se rassembler et de s’unir, de se présenter au monde entier comme une grande force en puissance.

Ils la créèrent là où tout commença : à Rome, berceau de la plus magnifique œuvre des Hommes, ville qui accueillit dans une étreinte maternelle la plus grande forme de civilisation. C’est là, où tout avait commencé des siècles auparavant, que ma mère ouvrit les yeux.

Europe est devenue femme juste avant ma naissance, à peine deux ans auparavant. Peut-être que personne n’avait pensé pourrait devenir si belle, puissante et nécessaire.

Les cheveux de ma mère sont rouges, d’un vermillon vif. Ils semblent pulser de vie, car elle doit toujours rappeler à ses enfants les sacrifices humains qui ont permis sa naissance, afin que de telles horreurs ne se reproduisent plus.

Europe est l’une des créatures les plus jeunes de notre planète, mais en elle vit l’histoire la plus ancienne.

Europe se nourrit de nombreuses cultures et elle parle différentes langues : comme moi, ses enfants étudient ses langages, ils sont libres de voyager, de voir d’autres pays, de connaître d’autres jeunes et de découvrir leurs réalités. Ces personnes, Europe me permet de les appeler « frères », « sœurs ».

Europe est une terre sans frontières, elle est comme une mère qui rapproche les personnes originaires de pays différents, en détruisant les distances, tant matérielles que symboliques, qu’il aurait été autrefois difficile de surmonter. Malheureusement, on oublie souvent comment ma mère est parvenue à démolir ces murs, car pour moi et mes pairs, il est facile de voyager entre les Etats européens, avec une monnaie unique, un seul document. Il est probable que beaucoup de personnes ne reconnaissent pas l’importance de la suppression de ces barrières, parce qu’elles représentaient des obstacles immatériels, et non pas tangibles comme peut l’être une construction artificielle à part entière. Par conséquent, ils ne la considèrent pas comme une conquête importante.

Europe est invisible, elle n’est pas une mère que nous pouvons physiquement observer, toucher, embrasser ; mais pour moi, il est impossible de vivre dans un monde où elle n’existe pas. Pour moi, Europe signifie avoir des frères et sœurs français, espagnols, portugais, allemands, danois, autrichiens, grecs et tant d’autres encore, et me sentir fière et orgueilleuse de chacun d’entre eux.

Le concept d’étranger, qui aujourd’hui tourmente beaucoup de citoyens comme le ferait un fantôme, est presque effacé, parce que la conception d’habiter, de partager et de connaître un même grand espace a une valeur plus élevée.

Europe signifie donner et recevoir, en changeant continuellement de perspective.

Aujourd’hui, nous avons le privilège de pouvoir comprendre pleinement les réalités des lieux, des personnes et des cultures qui pourraient être éloignés, en partageant à la fois ce qui est notre origine et en nous enrichissant mutuellement.

L’Europe a mille facettes. Elle est l’ensemble des sons et des accents de nombreuses langues différentes, la somme de cultures et de traditions si éloignées les unes des autres, même dans un espace que nous connaissons désormais : voir et comprendre la beauté, la faire sienne, pour ne jamais l’abandonner. Se sentir chez soi après avoir pris un avion, un train ou un bateau est un plaisir qui nous a été accordé, sans rien exiger en retour.

En cette période de grave crise mondiale, sanitaire et économique, certaines personnes ne font pas confiance à l’Europe, ils la regardent avec suspicion, comme si on devait chercher en elle un coupable et pas une solution aux problèmes.

J’en suis profondément attristée. Et je pense à mon vécu, aux études dans une France qui m’a fait tomber amoureuse de sa langue élégante et raffinée, de ses écrivains, de ses villes, de son histoire. Et cela m’a changée.

Quand je pense aux villes que j’ai eu la chance de visiter, au parfum de l’air que je respire chaque fois que je descends du train ou de l’avion dès mon arrivée au-delà des Alpes, le plaisir d’écouter cette langue, je comprends de plus en plus que c’est une question de cœur, de passion.

Et oui, ce sentiment devrait être ressenti par beaucoup plus de gens qui, au contraire, critiquent l’Europe dont nous faisons tous partie, mettant en danger si facilement et superficiellement ces relations, ces équilibres, cette fraternité qui ont eu tant de mal à naître.

La possibilité d’une période d’étude à l’étranger m’a donné la chance de rencontrer d’autres jeunes venus du monde entier, de parler plusieurs langues en une seule soirée. Croyez-moi, ce sont des richesses qui devraient être beaucoup plus partagées.

Dans les universités, les différents programmes Erasmus sont très prisés par les étudiants ; Il faudrait également augmenter de plus en plus les formations à double diplôme, précisément pour donner aux étudiants la possibilité de faire l’expérience de deux ou plusieurs réalités, et de les préparer à devenir des travailleurs qui pourront exercer dans plusieurs pays différents. Europe ne veut pas dire dénigrer son origine en ne saisissant pas les richesses qu’offre déjà son pays ; cela signifie avoir beaucoup plus d’opportunités qui s’ouvrent à nous. Une possibilité de partage aussi complète et aussi simple devrait nous faire comprendre que l’Europe est la mère dont nous ne pouvons pas nous passer.